克里斯蒂安.盖拉德(Christian Gaillard) page4

A la recherche de Duende

Le taureau, robuste et enragé, a la tête et les yeux rivés vers le sable de l’arène et charge son adversaire pour l’encorner. Ce dernier, immobile, contemple la bête jusqu’au dernier moment puis pivote élégamment sur lui-même, la cape écarlate s’enroulant autour de lui. Ce mouvement rotatif, rapide, agile et souple l’amène au contact de la mort. Après le nuage de poussière que le taureau laisse derrière lui, apparaissent le torero et son habit de lumière intacts.

En même temps, un danseur de flamenco, les yeux fermés, le menton pointé vers le haut, claque des pieds au rythme sec des castagnettes et d’un air de guitare. Ses bras se lèvent et virent doucement au-dessus de sa tête en faisant un rond imaginaire dans le vide, ce sont les mêmes mouvements que nous font voir le torero glissant le long du taureau pour écarter la charge de l’animal. Du coup, il accélère ses pas en crispant ses muscles, comme un cheval sauvage Andalou courant ventre à terre, il charme ses spectateurs avec son enthousiasme et provoque chez eux la même chaleur qui les fait applaudir follement au rythme de la musique les faisant danser avec lui.

 Ceux qui comprennent l’esprit commun de la corrida et du flamenco, disent que les deux sont l’art de « la respiration de l’âme »et non pas « des spectacles pour plaire aux yeux ». Le flamenco, c’est une danse de la mort. De même, la corrida qui connaît dix mille changements en un clin d'œil, respire l’âme du combat depuis deux mille ans, elle embrasse la mélancolie de la danse, permettant d’embrasser la beauté de la vigueur et de la vérité. Ceux qui saisissent cet esprit, en voyant la pose élégante du danseur comme du torero, les poings serrés, crient de tout leur cœur, « El Duende ! »

Duende, autant dire l’essence de l’esthétique espagnole, ce mot est donc quasiment intraduisible comme pour beaucoup d’expressions orientales. Une fois qu’on l’a saisie, on touche l’âme espagnole.

Il désigne à la fois une sorte de petit lutin et surtout un charme mystérieux et indicible qui a influencé, avec la muse et l’ange, l’évolution de la culture européenne.

Federico Garcia Lorca, (ami de Picasso, le plus important poète espagnol du 20ème siècle) a écrit un article « Jeu et Théorie du Duende» . Il y construit, entre jeu et théorie, une poétique du duende qu’il sépare, à travers de nombreux exemples, de la notion de muse et de celle d’ange. La muse représente l’esprit du classicisme du Siècle des Lumières qui se trouve dans les tableaux de Nicolas Poussin ; tandis que l’ange, reflète l’humanisme de la Renaissance qui existe chez Nicolas Poussin. Mais les deux sont peu respectés en Espagne, puisque la muse et l’ange ont peur de la mort, alors que le duende la cherche.

« Le duende n'arrive que s'il voit la possibilité de la mort, ... Avec l’idée, le son ou le geste, le duende aime mener, aux bords du puits, un combat loyal avec le créateur. L’ange et la muse s’échappent avec des violons ou de la musique alors que le duende blesse, et dans la guérison de cette blessure qui ne se referme jamais, réside l’insolite, l’invention à l’intérieur de l’œuvre de l’homme. » (« Jeu et théorie du duende» par Federico Garcia Lorca)

Le duende se charge, à travers une expérience ultime, voire la mort, de faire éveiller des formes vivantes encore plus vivantes, comme l’expérience de la première inspiration pour un noyé, d’être sauvé au fond de la  falaise après une chute ou d’avoir survécu à une guerre… à l’instant fatal où vous rencontrez la mort, le pouvoir mystérieux arrive. C’est un pouvoir magique et dévastateur, comme une flamme de vie, comme la réalité de l’art.

Sa présence la plus manifeste, c’est sur le terrain du combat taurin, là où la mort est écrite. De même pour les chanteurs et les danseurs flamencas, ils peuvent vous dire que le thème de leurs chants n’est rien d’autre que la mort. « Le duende ne vient pas de ma gorge, il existe dans mon âme qui chante et danse avec la mort. »

La conception du duende comprend 4 éléments : l’irrationalité, l’originalité, la sensibilisation renforcée de la mort et l’élan diabolique, selon Lorca.

Comme ayant reçu une révélation mystérieuse, comme débordés par des chagrins indicibles, éclatent des flammes de leur vie qui se sublime à la lumière divine éclairant leur destinée. Leurs âmes flambent.

Partout, la mort est une fin. Elle arrive et on ferme les rideaux. En Espagne, non. En Espagne, on les ouvre. En Espagne, un mort est plus vivant comme mort qu’en nul autre point du globe, la mort est un mode de vie ; sans l’imminence de la mort, sans l’évidence de la vie, ni la vérité artistique, ni la fermeté de l’âme n’existent.

On ne peut pas décrire ni figurer le duende, affirme Gaillard, « parce que le duende est invisible et fugace. Pour le trouver, vous n’avez qu’à aller voir un combat de corrida ou une véritable danse de flamenco. » Il le cherche pourtant sans cesse en disséquant et en solidifiant le moment où se présente le duende. Il prend cette recherche pour mission, vocation. Il rencontre les toreros en esprit durant toute sa vie de peintre, il vit les aventures des toreros.

(原文如下):

寻找杜安德

    当发狂的牛埋头用锋利的牛角撞向斗牛士,斗牛士聚精会神地盯着飞奔的公牛,直到最后一刻才提着深红的斗蓬做一个优雅的转身,在空中画下一个无形的圆圈,足以致人于死命的牛角与斗牛士擦身而过。他动作柔和利落,生死瞬间,绝妙一闪。公牛脚下尘土飞扬,斗牛士礼服尘埃不染。

    与此同时,一位佛拉明戈舞者双眼紧闭,下颔高傲地扬起,随着吉他和响板的节奏踏脚跳动。他双手高举过头顶,缓缓地绕出一个无形的圆圈,就像与一只无形的公牛擦身而过;他肌肉收紧,步伐扩大,又仿佛一匹奔跑的安达卢西亚野马,汗流如注,洒向观众,观众却更热烈激动,跟着节拍用力疯狂地鼓掌,如同与他共舞。

    真正能够看懂斗牛与佛拉明戈精魂的观众,会称之为“呼吸灵魂的艺术”,而非“满足眼睛的表演”,这是一场死亡之舞。观众的精神聚焦于斗牛场中息万变的气息,两千年来,他们呼吸得到这场战斗的灵魂,他们拥抱这场舞蹈的悲伤,拥抱力量与真相的美。他们捏紧拳头,在斗牛士和佛拉明戈舞者完美的转身之后,用胸腔中凝聚的气息呼喊:"El Duende!(如此杜安德!)“

    杜安德,可以说是西班牙美学的灵魂,这个词语类似东方语言中那些 “只可意会,不可言专'的表达。如果有一天你理解了杜安德,你就理解了西班牙文化的灵魂。

    杜安德的来源是一种神魔,同缪斯、天使一样各自影响了欧洲的文化。

    费德里科.加西亚.洛尔迦(Federico Garcia Lorca,毕加索的好友,20世纪最伟大的西班牙诗人)曾经写文章讨论杜安德("Theory and Function Of the Duende ”)。在他看来,缪斯代表带来启蒙的古典主义精神,如普桑(Nicholas Poussin)所表现的;天使则代表带来文艺复兴人文主义的明晰,如达.梅西纳 (Antonello da Messina)所表现的;但两者在西班牙都不受重视,因为它们无一向死亡宣战。

“杜安德如果不见到死亡的可能,它不会现身……以观念、以声音,或以动作,杜安德喜欢与创作者在源头之地直接战斗。当缪斯和天使满足于小提琴或和谐的韵律时,杜安德却伤痕累累,而在创伤的复原中,人在作品中体现的天才,原创力永不终结。"

    杜安德所求的是通过最决绝,残酷,极致的生命体验一一死亡,带来一种全然未知的蓬勃生气:好比当你溺水后重新呼吸,当你从悬崖跳下而获救,当你在战争中存活一一当你生命到达极限的瞬间,来自神的魔力就会降临,那是一种奇迹般的毁灭性的力量,一种生命的燃烧,一种艺术的真相。

    它最壮观的显现就是在斗牛场中,那里的死亡是确定的,那里的佛拉明戈音乐家与舞蹈大师也会告诉你,他们歌唱的其实是死亡:“你以为杜安德是在我的喉咙里,其实它来自我的灵魂,我与死神共舞的灵魂。”

    洛尔迦认为杜安德至少包含四种元素:不合理性(irrationality)、原生性(earthiness)、死亡将至的强烈意识(a heightened awareness of death)、神魔附身般的冲击力(a dash of the diabolical)。

    这是黑暗中一种隐秘的旨意,一种灵魂深处无以言说的极度悲伤,他们最终爆发的时候,以性命化作神性的光芒,指向自己的天命,灵魂之火熊熊燃烧。

    在许多国家的传统里,死亡就是一种终结,人死了帷幕就拉下来,但在西班牙并不如此。在西班牙,当死亡降临,帷幕才会被拉开。死亡是一种活着的方式,如果没有“死”的迫近,活着就没有真相,没有灵魂的坚毅。

    对于盖拉德来说,他是画不出“杜安德”的,他笃定地说:“因为杜安德不是在画中能看见的,它转瞬即逝。你如果真要明白,应该亲自去看一场斗牛,一场死亡之舞。"但盖拉德在一笔一划地解剖与凝固杜安德现身的瞬间,这仿佛变成了他的夭命。他在不紧不慢地绘画时与斗牛士们相遇,活在了他们的冒险中。